«Avant la crise, on tournait à plein régime, 24 heures sur 24, et on livrait 35.000 tonnes d’acier». C'était compter sans les financiers égoïstes et les banques rapaces.
28/01/2010
Le destin de Decto, entreprise spécialisée dans le découpage et l’usinage de tôles d’acier, est directement lié à la bonne santé économique de Caterpillar, son unique client. Lorsque la crise économique a provoqué une contraction de l’activité de Caterpillar, Decto a vu son volume de commandes chuter de 80% en quelques semaines, début 2009.
A cours de trésorerie au mois d’avril 2009, la direction fait aveu de faillite. Cependant, une autre solution se profile. A la même époque, la nouvelle loi sur la continuité des entreprises entre en vigueur et la direction, encouragée par les organisations syndicales, décide d’y recourir. Cette loi, qui remplace l’ancien concordat judiciaire rendu impopulaire à cause de sa réputation d’antichambre de la faillite, prévoit la possibilité de transmettre tout ou partie de l’entreprise à un tiers sans devoir passer par une faillite.
Au même moment, le chômage de longue durée devient la dure réalité des travailleurs. «Pour eux, c’était le coup de massue», affirment Abdel Abid et Mustapha Ariouat, délégués MWB-FGTB. «Avant la crise, l’entreprise tournait à plein régime, 24 heures sur 24, week-ends compris et livrait 35.000 tonnes d’acier».
Du jour au lendemain, le quotidien des 114 travailleurs a été bouleversé, mais la délégation n’a jamais baissé les bras. «Notre stress a été décuplé et notre vie de famille en a pâti mais nous nous devions d’être disponibles pour nos camarades», confient Abdel et Mustapha. Les ouvriers leur font d’ailleurs entièrement confiance et savent que l’équipe syndicale a toujours fait le maximum pour eux.
En novembre 2009, le tribunal de commerce de Charleroi a accepté le transfert de Decto au groupe français FLP et le plan de reprise : 62 emplois sauvés dès 2010, 76 en 2011 et 84 en 2012, ainsi que 5 millions d’euros d’investissement. Dans un jugement très étayé, le tribunal souligne qu’«il ne fait guère de doute que la fermeture de l’entreprise Decto aurait pour effet la disparition d’un savoir-faire et d’une activité dans un large bassin économique».
Cette décision respecte non seulement la lettre mais aussi l’esprit de la loi, qui a pour but de préserver au maximum le tissu économique. Cela aurait pu être une bonne nouvelle malgré la perte de 52 emplois mais ce sauvetage inespéré est sérieusement menacé par les banques BNP Paribas Fortis et ING. Celles-ci, voulant la fin des activités de Decto et la vente de tous ses actifs afin d’obtenir un remboursement immédiat d’une partie de leurs créances, ont immédiatement interjeté appel.
Financiers égoïstes et banques rapaces
Ce décalage entre la logique financière et la logique industrielle laisse pantois. Les banques n’ont pas retenu les leçons de leur arrogance et cherchent à récupérer un maximum de liquidités pour augmenter leurs fonds propres. L’attitude de ces financiers égoïstes est aussi inacceptable qu’irresponsable : ce recours plonge les travailleurs et leur famille dans l’incertitude et ralentit sérieusement le redémarrage avec le risque de décourager le repreneur.
La déception est immense pour la délégation syndicale : «les banques ont la mémoire courte. Il y a 6 mois, elles étaient à genoux, dans la même situation que nous, et elles ont été sauvées grâce à l’argent de la collectivité. Dans la reprise, tout le monde a un rôle à jouer et les banques doivent aussi assumer leur responsabilité. Elles doivent soutenir l’économie !», martèlent Abdel et Mustapha.
Les déclarations dans la presse du Ministre Reynders ne sont pas bien perçues par les délégués, qui y voient une manœuvre grossière de récupération. «En sa qualité d’actionnaire de BNP Paribas Fortis, l’Etat pourrait lui faire entendre raison et mettre un terme à son attitude arrogante», affirme Mustapha. Si la Cour d’Appel de Mons confirme le jugement carolo, ce dossier fera jurisprudence et pourra être invoqué dans d’autres affaires (1ère audience le 26 janvier).
Gageons que la sagesse des juges l’emportera et que les 62 travailleurs verront leur ciel s’éclaircir en 2010.
La délégation syndicale MWB-FGTB de Decto Fleurus