Carte blanche à la délégation MWB-FGTB de Carinox (ArcelorMittal Châtelet).
15/07/2009
La mise à l’arrêt prolongé de la Décaperie de La Praye en mars dernier a eu un impact sur Carinox (ArcelorMittal Châtelet). En effet, pour compléter son plan de charge, Carinox laminait aussi des produits plats carbone destinés à la Décaperie. Avec cette charge en moins, l’organisation du travail a été revue : l’usine est passée de quatre à trois équipes se relayant désormais cinq jours sur sept et non plus tout au long de la semaine (150 personnes étaient concernées).
Hormis les départs en prépension, les départs volontaires et la fin des contrats CDD et intérimaires, un problème se posait pour une quarantaine de travailleurs. Le 16 juin dernier, après des mois de négociations entre les délégations syndicales et la direction, une solution a été trouvée. Tout le monde sera reclassé au laminoir et une compensation financière va être accordée pour la perte du travail de week-end.
De l’avis même d’Eric Bonjean, président de la délégation MWB-FGTB de Carinox, il s’agit d’une bonne négociation et d’un bon résultat étant donné le contexte actuel. «L’important était d’éviter les licenciements secs», confirme Eric.
Autre victoire de la délégation, la reprise d’une partie des travailleurs de la Décaperie. Le service de la Brigade d’Intervention (service de dépannage), qui avait été externalisé, a été recréé pour accueillir des mécaniciens de la Décaperie.
La situation reste néanmoins difficile. Le site de Carinox, qui est essentiellement dédié à la production d’inox, paie au prix fort la baisse du marché. Son laminoir conçu pour traiter 4,5 millions de tonnes par an ne tourne actuellement qu’à 30% de ses capacités ! De plus, la question de la volonté de Mittal de conserver ou non l’inox dans son giron se pose plus que jamais. En effet, ces dernières semaines, les dirigeants du groupe ne se cachent plus pour affirmer qu’ils ne rejettent pas l’idée de faire des alliances ou des fusions pour garantir l’avenir de l’inox ; celui-ci n’ayant jamais fait partie du core business de Mittal.
Pourtant, alors que l’horizon n’est pas au beau fixe, Eric Bonjean est loin d’être résigné. Bien au contraire. Il est à l’initiative d’une réunion syndicale consacrée exclusivement à la branche inox en Europe. Il s’agit d’une première depuis que le groupe existe. Pour la première fois, les représentants syndicaux de l’ABVV Metaal de Genk, de la MWB-FGTB de Châtelet et de la CGT de Gueugnon et Isbergues (France) étaient autour de la table. D’autres réunions sont prévues dès le mois de septembre et un tract commun Belgique-France sera distribué dans tous les sites.
«Hormis l’intérêt majeur de créer une nouvelle solidarité entre nous, cette démarche permettra de faire cesser une fois pour toute la tactique du groupe qui consiste à raconter n’importe quoi pour nous mettre en concurrence. Maintenant, on se parle et on est conscient de la situation dans tous les sites. Nous n’accepterons plus d’être menés en bateau» insiste Eric.
C’est de cette manière qu’Eric conçoit l’avenir du syndicalisme. «Les enjeux ne sont plus locaux mais bien globaux. On est face à une multinationale : il faut donc qu’on se serre les coudes et qu’on aille au devant des informations. Nous ne devons pas rester dans notre coin et nous isoler. Il est indispensable que l’on s’ouvre aux autres».
Eric Bonjean conclut par ce leitmotiv qui guide son action et celle de son équipe syndicale : «On ne se bat pas contre le patron mais pour le bien être des travailleurs».