«Messieurs les délégués, comment préférez-vous dégraisser ?»

«Messieurs les délégués, comment préférez-vous dégraisser ?»

Le 21 octobre dernier, lors d’un conseil d’entreprise extraordinaire, la direction de la société Ferrari (Herstal) annonce son intention de supprimer 46 emplois.

10/12/2009

46 postes de travail supprimés. 41 ouvriers et 5 employés sur les 120 travailleurs environ que compte l’entreprise sur ses sites de Liège et Charleroi.

Ferrari, qui dépend du groupe français Gagneraud Industries, est active dans les secteurs des carrières, du transport, des travaux publics, des fabrications métalliques et de la récupération des métaux, en lien direct et étroit avec la sidérurgie wallonne. Elle fait ainsi, notamment, de la sous-traitance pour la phase à chaud liégeoise et travaille directement avec Carsid et Industeel à Charleroi.

En juillet 2009, la direction avait décidé de séparer la première activité citée – les carrières – des quatre autres. Pour la délégation syndicale liégeoise de l’entreprise, le but de la manœuvre était limpide : garder cette activité, la plus rentable (Ferrari Granulats), et préparer la liquidation progressive des quatre autres.

« Monsieur Paulus, l’administrateur délégué liégeois de Ferrari, avait beau nous affirmer qu’il ne s’agissait que d’une volonté de simplifier le fonctionnement de l’entreprise, nous n’étions pas dupes », explique Pefanio Faletra, délégué principal MWB-FGTB. « Et aujourd’hui, on voit bien l’intention de la direction du groupe de se détacher de ses activités belges, voire de s’en débarrasser purement et simplement.»

Les sous-traitants au bord du gouffre

« Lorsque la phase à chaud liégeoise a de nouveau été arrêtée par ArcelorMittal, quelques mois à peine après le redémarrage en fanfare du haut-fourneau 6 de Seraing, ce fut évidemment un coup de massue. Du côté de Charleroi et de Carsid, la crise a aussi frappé très dur. Des mois et des mois de chômage économique pour les travailleurs. Et sans certitude de pouvoir redémarrer un jour !

La crise qui asphyxie la sidérurgie wallonne est évidemment une catastrophe pour Ferrari. C’est une illustration dramatique de la situation générale des sous-traitants de la sidérurgie. Mais sur certains aspects, la crise a aussi bon dos : aujourd’hui, la direction de Ferrari prend appui sur la crise pour licencier 46 personnes, sans faire la moindre proposition industrielle alternative. Et cela alors que pour certaines de nos activités, ce n’est pas le boulot qui manque, notamment dans le secteur du transport…

En réalité, Paulus n’essaie même pas de trouver une issue à la crise. Pire : il a permis à ArcelorMittal de racheter de gros investissements que Ferrari avait consentis (des camions, des cuves…), et de pratiquement prendre le contrôle des opérations à Herstal. C’est ce qui s’appelle scier la branche sur laquelle on est assis. Volontairement. On sait d’où il reçoit ses ordres…

Gagneraud, grosse fortune de France

Le 21 octobre, nous avons donc pris un coup supplémentaire, avec l’annonce du licenciement collectif. Depuis lors, nous avons eu plusieurs réunions pour commencer à négocier un plan social, mais la situation est tendue : nous sommes en conflit avec la direction sur la question des modalités de départ. Elle refuse d'envisager des prépensions dès 50 ans, ce qui concernerait la moitié des départs.

Les travailleurs sont en colère. Ils ne peuvent pas admettre l’attitude irresponsable et arrogante de la direction et de ses conseillers. Ils ne sont pas prêts à se faire piétiner, mépriser, ni à brader leurs droits. C’est d’autant plus dur quand on sait que Gagneraud, le patron du groupe, est l’une des plus grosses fortunes de France, qui possède plus de 70 sociétés…

Le 26 novembre, à Herstal, nous avons bloqué l’accès à l’hôtel où devait se tenir un conseil d'entreprise extraordinaire entre la direction liégeoise et les syndicats. Le lendemain, la direction nous a envoyé des huissiers pour faire constater que les travailleurs étaient à l'arrêt. Ensuite, la direction nous a adressé une lettre de menaces. En clair : « Si vous recommencez, sachez que vous mettrez en danger l’enveloppe financière destinée au plan social. » C’est du même niveau que ce que m’a dit un jour l’administrateur délégué : « Monsieur Faletra, que préférez-vous ? On dégraisse d’un coup, ou on dégraisse doucement ? »

Le climat est de plus en plus tendu. Nous verrons comment cela se passera lors des prochaines réunions, prévues les 8 et 15 décembre prochains. Mais il est bien difficile, dans la situation actuelle, de prédire quelles solutions nous pourrons trouver. Une reprise par ArcelorMittal ? Un redémarrage des activités à Liège avec un autre repreneur ? Nous n’en savons rien. Nous cherchons des pistes. Mais cette incertitude est très lourde pour les travailleurs et leurs familles.

Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est l’absence totale de considération à leur égard, le manque de vision sociale de la direction et sa décision manifeste de ne pas vouloir chercher de solutions, de perspectives. Et ce qu’ils ne sont pas prêts à admettre, c’est que la législation en vigueur autorise les employeurs à licencier les travailleurs et leurs délégués à peu près selon leur bon vouloir. Pour eux, pour moi, pour nous, c’est tout simplement inadmissible. »

Pefanio Faletra, délégué MWB-FGTB

Dernières nouvelles : Ferrari: la direction refuse en bloc les propositions syndicales

Un nouveau conseil d'entreprise entre les syndicats et la direction a eu lieu mardi 15 décembre à Ferrari. La première phase de la procédure Renault devrait se terminer à la mi-janvier. La FGTB a demandé à la direction qu'elle confie à un cabinet spécialisé une étude pour tenter de dégager des solutions alternatives aux licenciements. La direction a refusé, comme elle a refusé toutes les autres propositions syndicales. Les négociations proprement dites devraient commencer le 19 janvier prochain. (6com)