Il y a un club qui prend de l’ampleur au fil de la crise : celui des firmes qui vont supprimer plus de 10.000 emplois dans le monde afin de préserver les gains de leurs actionnaires...
6/04/2009
Dans le secteur des fabrications métalliques, c’est le cas de Caterpillar (24.000 emplois) ou de Boeing (10.000). Dans l’automobile, General Motors a ajouté 10.000 licenciements à ses restructurations précédentes ; Peugeot-Citroën table sur 11.000 départs naturels et Nissan a prévu 20.000 suppressions de poste.
Caterpillar, qui a annoncé les licenciements directement par conférence de presse à son actionnariat avant d’en informer les directions des sites concernés (quel tact !), a cyniquement justifié son plan mondial de restructuration par le fait que, selon elle, « les bénéfices 2009 chuteront lourdement par rapport à 2008 ». « Nous prenons, donc, toutes les mesures pour atteindre notre objectif de bénéfice par action de 2,50 dollars ». Caterpillar a également indiqué qu’ « en fonction de la conjoncture, davantage de licenciements et de suppressions de poste pourraient être nécessaires tout au long de l’année ».
Les 24.000 travailleurs qui viennent de perdre leur emploi doivent donc cette situation au simple fait que le groupe craint de ne pas atteindre le niveau de rétribution de son titre à son actionnariat. Rappelons que le montant des profits nets dégagés par Caterpillar en 2008 est de 2,8 milliards d’euros et qu’il s’agissait de la sixième année consécutive de records en vente et en bénéfice (et ce même pour le quatrième trimestre 2008). L’unique but de ces suppressions d’emplois est de calmer les ardeurs des actionnaires spéculateurs et d’assurer un certain niveau de bénéfice par action. Dans cette optique, la pérennité de l’emploi passe au second plan.
Sur le site de Gosselies, pas touché par le plan mondial de licenciements, on assiste néanmoins à une tendance insidieuse à la diminution du nombre d’effectifs. Depuis le mois d’octobre 2008, les contrats à durée déterminée (CDD) ne sont pas renouvelés : à une cadence de 50 travailleurs par mois, on pourrait atteindre 800 emplois en moins d’ici à la fin de l’année. Il s’agit clairement d’une restructuration camouflée. A cela s’ajoute le chômage économique qui touche 75% des 3.450 ouvriers restants et les pressions faites sur les employés pour qu’ils prennent des congés sans solde ou un crédit temps. Tout est bon chez Caterpillar pour grappiller quelques euros afin de continuer à chouchouter l’actionnariat.
Un exemple, parmi d’autres, est éloquent quant à l’atmosphère de morosité que la direction crée : l’utilisation de la photocopieuse couleur du site de Gosselies est « suspendue vu les circonstances économiques actuelles ».
Aucun média ne fait pourtant écho aux agissements de la direction et à l’incohérence du capitalisme : les jeunes qui ont été formés dans l’entreprise pendant de nombreux mois et qui par leur productivité, ont contribué aux bénéfices plantureux de l’entreprise ces dernières années, sont jetés comme des « kleenex ».
Nous sommes confrontés à une campagne de désinformation. A qui profite ce manquement des médias ? A la classe politique qui attend passivement le scrutin de juin prochain ? Les travailleurs et les citoyens ne sont pas dupes, ni résignés : dès qu’ils prendront conscience de la situation, ils réagiront. Une grève comme celle du 29 janvier dernier en France, rassemblant ouvriers de multinationales, de PME, enseignants, étudiants, fonctionnaires, pensionnés, nous l’attendons et nous croyons qu’elle est possible chez nous aussi. Les revendications de ces publics en apparence très différents montrent que les citoyens veulent un nouveau modèle de société. C’est plus que jamais le moment de gagner la bataille idéologique car le libéralisme est encore en train de se renforcer.
Nous avons subi l’extrême flexibilité, les contrats précaires et les blocages des salaires. On a voulu nous mettre à genoux ! Nous ne sommes pas responsables de la crise mais on voudrait nous la faire payer ! Basta ! A l’avenir, nous n’accepterons plus la flexibilité à outrance, 25% de contrats précaires et les restrictions salariales. L’organisation syndicale doit retrouver son rôle de contre-pouvoir et oser le combat pour une autre société.