Des politiques qui rompent avec le capitalisme sont devenues indispensables. Notre devoir de citoyens consiste maintenant à vérifier que les représentants que nous nous sommes choisis en prennent la décision...
Edito de Nico Cué, 29/06/2010.
Le capitalisme n'est pas capable de se réformer. La crise n'est pas un accident de parcours. Elle est la conséquence de logiques qui privilégient les avoirs d'une poignée au détriment de l'intérêt général. Des politiques qui rompent avec ce système sont devenues indispensables. Notre devoir de citoyens consiste maintenant à vérifier que les représentants que nous nous sommes choisis en prennent la décision.
Et là, nous avons quelques inquiétudes.
Moins d'une semaine après le scrutin, le nouveau patron du Conseil européen, le CD&V Herman Van Rompuy, a brutalement rappelé à la VRT ses limites face à la démocratie. Exhortant le formateur à se presser, il a prévenu : «L'Europe nous surveille, pas seulement sur le plan budgétaire (…), nous devons prendre des mesures économiques et ce n'est pas seulement l'Europe qui regarde si tout sera bien appliqué mais les marchés financiers nous observent aussi !»
Serions-nous libres de choisir nos représentants mais pas la politique à mettre en œuvre?
Que veulent «les marchés»? Ne pas payer la crise qu'ils ont causée! Et prendre l'argent dans les poches des travailleurs... Comment? Par la mise en place de plans d'austérité (ou de rigueur, c'est kif-kif !) dont l'objectif sera de réduire les déficits publics creusés par le transfert vers les États des dettes privées (des banques notamment). C'est honteux et inacceptable mais cela pourrait-il au moins nous sortir de la mouise? Même pas ! La reprise industrielle reste fragile. L'austérité va comprimer les revenus et déprimer la demande. Les déficits publics vont, au contraire, s'approfondir, par manque de recettes fiscales notamment ! Car ce sont les travailleurs qui financent l'État. Suivre la volonté des «marchés», c'est organiser la prochaine récession.
La droite n'ignore rien de ce pari mais elle ne peut pas accepter l'alternative : casser les politiques qui privent ceux qui vivent de leur travail de la part qui leur revient dans la richesse produite ! Alors, elle balbutie, elle improvise, elle tâtonne. Toutes ses recettes conduisent à une réduction des revenus des travailleurs et des allocataires sociaux et à freiner le développement économique.
Et la gauche alors ?
La soumission aux «marchés financiers» conduit à un appauvrissement généralisé. Aujourd'hui, le capitalisme financier n'a plus besoin de négocier des compensations pour détourner vers le capital la richesse due au travail. Il y est aidé par une idéologie dominante qui a convaincu le plus grand nombre que les «exploiteurs» ne seraient plus les détenteurs de capitaux mais bien des... «inactifs» qui seraient devenus une «charge» pour les actifs. L'analyse des discours sur les pensions ou sur les chômeurs ne laisse aucun doute à ce sujet.
Pendant ce temps, les institutions financières renouent avec les bénéfices faramineux.
Une gauche qui se respecte, fidèle à des valeurs d'égalité, de démocratie et de solidarité, doit refuser cette perspective. Les discussions communautaires masquent une partie de ces débats. Une sécurité sociale fédérale en est pourtant l'enjeu. La droite dit la défendre en nous répétant que régionalisée, elle réduirait de 15 à 20% les revenus des allocataires sociaux. Disons simplement que nous refusons que la soumission aux «marchés financiers» produise les mêmes effets !
Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB