Les pouvoirs publics ont dû éponger les pertes des banques et sauver le système financier. Ils ont creusé les dettes publiques. L'austérité n'a pas tardé à pointer le nez. Budgets sociaux et services publics sont en première ligne.
Edito de Nico Cué, 26/02/2010.
Le libéralisme a brouillé les repères des travailleurs. Les médias ajoutent du brouillard à la confusion. Les vrais enjeux s'estompent. Il est pourtant possible d'expliquer simplement les mutations qui se produisent sous nos yeux. En tous cas, il faut de cesser de tourner autour du pot !
D'où vient la richesse? Du travail! Qui rémunère-t-elle? Les travailleurs, mais aussi le capital. De moins en moins ceux qui la produisent. De plus en plus les détenteurs de capitaux. Est-ce normal? C'est l'essence du capitalisme. Pour inverser la vapeur, il faut renverser les logiques du système.
Quel est le rôle de l'idéologie libérale? Nous convaincre que nous n'en avons pas les moyens. Que remettre en cause la machine infernale, c'est attenter aux libertés fondamentales. Quelles libertés? Celles de l'entreprise. «Laissez-nous entreprendre», hurlent en cœur les patrons. Et qu'est-ce qui les en empêche ? Le financement de notre sécurité sociale et de nos services publics, prétendent-ils. Mais qui paie réellement ces conquêtes? Le travail, ou plutôt les travailleurs. C'est la part de leur salaire brut (y compris celle appelée abusivement «charges patronales») que les ouvriers ont collectivement décidé de consacrer au financement de la solidarité sociale, via les cotisations et le précompte professionnel.
Les employeurs répètent avec démagogie qu'ils ne veulent pas toucher à notre salaire «poche». C'est juste notre «salaire différé» qu'ils veulent piquer! Une bonne idée de cesser de financer ce qui assure à la classe ouvrière les mêmes droits que ceux que s'octroient les propriétaires ? Poser la question, c'est y répondre. Surtout quand monte un discours critique sur la manière dont les États gèrent leur déficit... Objectif ? Réduire les dépenses sociales, évidemment.
Les pouvoirs publics ont dû éponger les pertes des banques et sauver le système financier. Ils ont creusé les dettes publiques. L'austérité n'a pas tardé à pointer le nez. Les travailleurs devraient payer les déficits budgétaires consécutifs à la recapitalisation des banques, d'une part, et de la crise, d'autre part. Budgets sociaux et services publics sont en première ligne.
La Grèce est aujourd'hui l'objet d'une attaque de spéculateurs. Demain, ce serait le tour d'autres pays méditerranéens honteusement baptisés PIGS – «cochons» en anglais – pour Portugal, Italie/Irlande, Grèce et «Spain». Pourquoi eux? Ils ne sont pas plus endettés que le Japon, la Grande-Bretagne ou... les États-Unis. D'abord, les financiers anglo-saxons comptent bien s'enrichir sur le pari de leur «faillite»! Pour contribuer à l'affaiblissement de l'Euro, ensuite. Et enfin attirer vers le Royaume-Uni et les USA les capitaux nécessaires à «leur» propre relance.
Les mécanismes de la crise de 2008 sont à nouveau à l'œuvre. Aucune leçon n'a été tirée. Grâce aux moyens injectés par les États - notre pognon ! -, les vautours sous perfusion publique de l'année dernière spéculent sur les difficultés de la Grèce aujourd'hui et demain du Portugal. Les processus financiers étant irrationnels, cette spéculation détériore la notation de leurs obligations, fait grimper en conséquence les taux d'intérêt proposés et contribue à réaliser leur obscène prophétie. C'est ainsi qu'avec nos thunes, ils finissent par contraindre nos gouvernements à sabrer dans les politiques sociales !
N'en déplaise à Verhofstadt, il n'y pas qu'en France qu'il y a quelque chose de pourri!
Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB