Après avoir vidé les caisses de l’Etat fédéral pendant trente ans, les libéraux de tous bords veulent aujourd’hui que les Régions participent au renflouement d’une dette publique creusée en quelques nuits pour renflouer les banques. Ne pas s’y opposer, c’est accepter le sacrifice du redéploiement économique de Bruxelles et de la Wallonie. Et pour les travailleurs, c’est passer une troisième fois à la caisse !
Edito de Nico Cué, 24/09/2009.
Natixis est une banque de financement et d’investissement française. Dans le bulletin de septembre de son service d’études, Patrick Artus prévient : « Si l’exigence de rentabilité du capital reste la même dans les pays de l’OCDE que celle qu’elle était avant la crise, le freinage durable de la croissance imposera aux entreprises de comprimer fortement les coûts salariaux ». La « situation sociale (risque de) devenir très tendue aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ».
Les travailleurs paient une crise dont ils ne sont pas responsables par un accroissement spectaculaire du chômage. Demain, ils contribueraient une seconde fois par le freinage des salaires ?
Et, dans le même temps, pour ceux qui ont profité de rémunérations obscènes, fait preuve d’une incompétence dangereuse et d’une irresponsabilité sans bornes, ce serait le retour à la «normale » ? A la collectivité de régler la facture de leur cupidité et de leur légèreté ? Déjà les banques renouent avec les bénéfices, avec les provisions comptables pour les étrennes des traders et une institution dont l’Etat belge est le premier actionnaire investit dans des paradis fiscaux où, bien sûr, la mer a des reflets d’argent.
C’est trop. Même le plus mauvais ministre des Finances du monde, le nôtre, finit par penser qu’il serait juste que les banques participent à l’effort. Ce renoncement au souci constant de servir les intérêts des puissants de la part d’un homme qui renonce avec difficulté - comme en témoignent les problèmes de sa formation politique- est significatif. Si bien que la question de la nécessité de sortir de cette crise du capitalisme mérite d’être envisagée comme une opportunité de sortir… du capitalisme, à la faveur de la crise !
Inverser le raisonnement revient alors à renouer avec les valeurs portées il y aura bientôt 50 ans par André Renard et les travailleurs de l’hiver ‘60 : celles des réformes de structure ! L’affligeant spectacle de la débâcle financière privée était un motif suffisant pour réclamer la socialisation du secteur du crédit. D’autres arguments militent, au minimum, pour une réouverture du débat (le fait que dans une société marchande, l’accès au crédit, la sécurité des dépôts et de l’épargne font figure de « bien commun », cette garantie doit pouvoir résister aux chocs systémiques, la création monétaire – privilège régalien – doit être contrôlée ; or, elle relève aujourd’hui d’une pratique usuelle d’institutions privées…).
Après avoir vidé les caisses de l’Etat fédéral pendant trente ans, les libéraux de tous bords entendent aujourd’hui que les Régions participent au renflouement d’une dette publique fédérale creusée en quelques nuits pour renflouer les institutions financières belges. Ne pas s’y opposer, c’est accepter le sacrifice du redéploiement économique de Bruxelles et de la Wallonie. C’est malmener le fédéralisme et, pour les travailleurs, c’est passer une troisième fois à la caisse !
Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB