Le cœur du système capitaliste fond. Comme un réacteur nucléaire pris dans une réaction en chaîne. Certains tirent toujours les marrons du feu, et d'autres nous fatiguent avec leurs salades de «fin de crise»...
Edito de Nico Cué, 19/05/2010.
Que se passe-t-il en fait ? La méfiance grandit à nouveau dans les échanges interbancaires et la finance mondiale. Ce qui s'est passé en 2008 avec les « subprimes » se reproduit avec les titres de la dette grecque.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l'économie productive va repasser à la caisse. Comment en sommes-nous revenus au point de départ, à un autre krach? En ne changeant rien...
Pour sauver les banques, les Etats ont dû douiller. Les pouvoirs publics se sont donc considérablement endettés. Les spéculateurs qui ont fait crouler les détenteurs de la dette des ménages américains visent maintenant les détenteurs des dettes publiques européennes. Et cela, alors même que les comptes des banques n'ont pas été totalement nettoyés des actifs toxiques immobiliers. Alors que les faillites bancaires sont toujours d'actualité aux USA. Alors que les gourous de cette sinistre farce ont renoué avec les politiques de « bonus ». Alors que se forment de nouvelles bulles spéculatives dans les échanges avec les pays émergents, dans la hausse des cours de bourses asiatiques, dans les prix des matières premières...
Dans l'œil du cyclone, la Grèce est accusée de tous les maux. Corruption. Comptabilité foireuse. Dépenses publiques pharaoniques. Les accusations volent bas. La dette grecque ne représente pourtant qu'un peu plus d'1% du Produit intérieur brut (PIB) de la zone euro... Le Gouvernement est pris à la gorge. Les « marchés » lui dictent les voies de la rigueur, de l'austérité, du bain de sang social... S'il ne s'y résout pas, ce sera pire ? Un pays tout entier en est réduit à la mendicité internationale.
« Ce n'est pas nous qui avons perdu l'argent qu'on veut nous prendre », disent les révoltés grecs. Ce sont les banques qui vivent au-dessus de leurs moyens !
« Pour sauver l'euro », l'Europe se mobilise. Parce qu'elle a été mal construite par des libéraux inconscients, les institutions financières se préparent une fois encore à rafler le magot. Elles vont prêter aux Etats « solidaires » du gouvernement grec à des taux très supérieurs à ceux avec lesquels elles empruntent... à la Banque centrale européenne. Ces pays prendront aussi une marge au passage. Ceci est possible simplement parce que les traités n'autorisent pas la BCE à prêter directement aux Etats en difficulté. Voilà à quoi nous a conduit le dogmatisme des libéraux européens: doter la fonction bancaire d'une rapacité prédatrice et charognarde...
Des réformes de structure s'imposent. Au premier rang de celles-ci, la constitution immédiate d'une banque publique régionale. Pour développer une finance éthique et responsable. Pour garantir à la population des « produits » de... service public. Pour servir le développement régional et la production de richesse au départ des entreprises. Et pas pour les tuer! Dans la configuration actuelle, seule une banque publique régionale contrôlée par les interlocuteurs sociaux est, à court terme, à même de réaliser ces ambitions minimales.
Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB