Y revenir, après quelques mois dans les marécages politiques. Revenir à ce que j’écrivais ici, fin juin : «Eh bien, allons-y». Ou allons plus loin ?
Edito de Francis Gomez, 13/10/2010.
Allons-y. Mettons le turbo vers une régionalisation plus profonde, vers un fédéralisme plus accompli, sans autre tabou que le maintien de solidarités qui sont l’essence même du fédéralisme et qui, donc, n’empêchent pas que chacune des parties du pays puisse se renforcer en décidant des politiques les plus appropriées à ses besoins. Y revenir. Ou aller plus loin ?
Je me souviens qu’à l’époque, en juin donc, ces propos avaient paru «fous», pour reprendre le titre d’un quotidien local. Où en sommes-nous aujourd’hui ? A un blocage quasi complet, qu’on peut en synthèse expliquer de la sorte : les Flamands continuent à aller de l’avant dans leur volonté d’une autonomie maximale, et chaque concession qu’ils obtiennent sur ce chemin fait le motif de la revendication suivante, qui va dans la même direction. Et les Francophones, à chaque nœud du débat, acceptent de mettre sur la table un des thèmes qu’ils refusaient alors.
Les Flamands, en tous cas ceux de la NVA, suivent leur ligne. Plus ils défendent leur revendication d’autonomie maximale, plus ils en sont en phase avec leur programme, séparatiste à terme. A terme, j’insiste. Ce n’est pas, de leur part, une stratégie d’éclatement, mais bien une volonté de rompre sans que ce divorce leur coûte trop ou, mieux, sans qu’il leur coûte rien.
Dans ce contexte, les Francophones se sont-ils trompés ? Les responsables politiques envoyés au front, quel que soit le titre ronflant dont le Roi les a affublés pour la circonstance, ont assurément tenté de faire de leur mieux. Ils ont leurs convictions, plus ou moins régionalistes. Ils ont tenu compte de l’état majoritaire de l’opinion francophone, toujours frileuse sur ces matières. Ils ont cherché, à toutes forces, une solution dans le contexte belge actuel. Leur priorité était d’en sortir, ce qui impliquait, fatalement, des concessions.
Concessions auxquels les partis politiques francophones s’étaient peu préparés.
Il y a toujours eu chez une majorité de francophones (et même de Wallons), il faut l’admettre, un refus de prendre en considération cette volonté de rupture et donc de l’anticiper. C’est le couteau sous la gorge qu’ils commencent à réfléchir à ces thèmes, appelant subitement, comme on l’a vu au cœur de l’été, à se préparer «d’urgence» au «pire». Il n’est jamais trop tard… Mais depuis combien de temps disons-nous, à la FGTB Métal Liège-Luxembourg, qu’il faut, justement, être prêts à voler de nos propres ailes si on nous l’impose ?
Et d’ailleurs, est-ce vraiment le pire ? Ce sont deux visions de la société future qui se heurtent dans les salles de la rue de la Loi où on négocie. Le projet de la NVA pour la Flandre, c’est une économie de droite, livrée aux marchés, où la puissance publique n’a qu’un rôle minimal à jouer, où la couverture sociale est affaire de précautions individuelles. C’est le néolibéralisme à l’état pur. C’est un choix qui, il faut le constater, est soutenu par l’immense majorité de la population du Nord. Que pèsent là-bas le SP.a et Groen!, seuls à contester quelque peu ces options ?
De cela, les Wallons, les Francophones ne veulent pas. C’est aussi ce qu’indiquent les scrutins, c’est ce qu’indiquent les réactions des travailleurs lorsqu’il y a, comme le 29 septembre dernier, des appels à manifester. C’est même paradoxalement une des raisons de l’attachement à la Belgique, qui apparaît en filigrane, malgré ses défauts, comme un modèle consensuel, social et démocrate.
Ce que nous souhaitons, c’est une Région, un Etat, une structure de vie, peu importe son nom, où la puissance publique dispose d’une force qui lui permet de proposer à tous un cadre de vie suffisante ; où les solidarités interpersonnelles s’établissent ou s’organisent du plus fort vers le plus faible ; où le principal moteur politique est le refus de l’exclusion, quelle qu’en soit l’origine.
Deux modèles radicalement différents. Qu’il est de plus en plus impossible de faire coexister. Et c’est pour cela que cela ne marche plus. Les querelles sur la responsabilisation, le financement, l’impôt ou même les frontières linguistiques ne sont que des arbres qui cachent la forêt de l’opposition entre deux manières de concevoir l’avenir.
Deux visions tellement opposées qu’au fond, cela n’a plus de sens de chercher le compromis entre elles.
Francis Gomez, Président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg