Parce que le capitalisme ne règle pas les problèmes qu'il crée

Les oiseaux n'ont pas le vertige et les arbres ne grandissent pas jusqu'aux étoiles. Personne ne le conteste. Tout simplement parce que c'est évident ! Pourtant, le libéralisme nous fait avaler d'autres couleuvres. Et des plus grosses...

Edito de Nico Cué, 12/11/2008.

Un exemple ? Cette idée selon laquelle l'intérêt de tous pourrait résulter de l'addition des égoïsmes individuels. C'est absurde ? Mais c'est le principe à la base même des dérégulations qu'ont voulues tous les gouvernements libéraux depuis vingt ans et dont on mesure les conséquences aujourd'hui.

Selon ces idéologues, le capitalisme serait «l'ordre naturel des sociétés humaines». Autre sornette !

L'économie capitaliste est complexe. Elle s'impose à nous et pour y résister nous devons la comprendre. Même si elle résiste aux simplifications et si elle camoufle parfois des réalités concrètes derrière d'épais écrans de fumée.

Pour tourner correctement, elle doit réaliser des profits. Beaucoup de profits. De plus en plus... C'est la définition même du capitalisme : l'accroissement et la concentration des capitaux. Et il faut trouver des débouchés où investir ces masses croissantes d'argent. Ce doit être obligatoirement dans des secteurs où des gains de productivité importants sont possibles. Pourquoi ? Parce que les richesses nouvellement générées par l'amélioration des processus de fabrication (par le travail donc !) doivent maintenir la croissance des bénéfices et des taux de profit. C'est le but du «jeu». Le développement de politiques sociales financées au départ d'une répartition juste de ces nouveaux moyens, ça n'est plus jouer... Un «capitalisme social» paraît être une contradiction dans les termes. S'il n'est pas strictement régulé par les pouvoirs  publics ou étroitement soumis au contrôle ouvrier, ce système-là produit «spontanément» des inégalités, génère de la pauvreté et... réduit donc la démocratie.

La menace écologique est également intimement liée à la mondialisation du «modèle» libéral.  Ses logiques propres permettent-elles d'y faire face ? Manifestement non. Sans doute, certains secteurs profitables peuvent-ils se développer dans un «capitalisme vert» mais compte tenu de l'ampleur des problèmes, il n'y aura pas de solutions marchandes aux défis environnementaux. Parce qu'ils relèvent d'un bien commun inaccessible aux égoïsmes des marchés.

La crise résulte aujourd'hui des profondes contradictions internes du système. Elle présente de nombreuses facettes que soude une même caractéristique : l'âpreté au gain... Elle est alimentaire dans le sud de la planète, environnementale partout, sociale, financière, économique, idéologique et même morale !

Le capitalisme ne risque cependant pas de s'effondrer comme un arbre mort dans la bourrasque.  Il n'y a que la création d'un véritable rapport de forces qui sera susceptible de le transformer en une réalité moins... inhumaine.  Cela nécessite de rassembler tous les acteurs, individuels et collectifs, culturels et sociaux, intellectuels et pragmatiques, d'ici et d'ailleurs.

Nico Cué, Secrétaire général de la MWB