Ramenons au cœur des mois qui viennent nos propositions en matière de réaménagement du travail, de réorganisation des mécanismes de production et de rémunération du capital, de régulation des marchés et des structures économiques. Renouons avec nos revendications de réforme des structures !
Edito de Francis Gomez, 9/09/2009.
C’était il y a un an. Comme un château de cartes, le compliqué montage de la finance mondiale s’écroulait en quelques semaines. Et l’économie, qui, les quatre ou cinq années précédentes, avait repris des couleurs, commençait un plongeon qui, aujourd’hui encore, n’est pas terminé.
C’était il y a un an, et insistons-y bien : la crise économique n’est pas finie, pas du tout. Certes, des indices existent que des jours meilleurs pourraient revenir. Enfin, meilleurs… disons moins mauvais. Le recours au chômage économique, en ces jours de rentrée, apparaît – globalement – moins massif qu’il ne l’était à la fin du printemps ; ça et là, et je pense à la sidérurgie, des lignes redémarrent doucement, ou sont en passe de repartir.
C’est certes réjouissant, mais cela ne doit pas faire oublier que la sortie du tunnel est encore très loin ; que des observateurs pensent que de nouveaux craquements peuvent encore survenir dans un système financier qui semble plutôt tenté de renouer avec ses pratiques antérieures; que les effets des plans de relance mis en œuvre un peu partout commencent à s’émousser, au moment même où les responsables politiques considèrent que des plans complémentaires ne sont plus utiles ; qu’enfin, l’impact réel sur l’emploi des crises économiques se marque toujours avec retard, puisque les entreprises usent d’abord leurs réserves avant de craquer.
Et, dès lors, le Bureau du Plan de prévoir, entre autres chiffres apocalyptiques, plus de 200.000 chômeurs supplémentaires d’ici à un an. Parmi ces chômeurs, à n’en pas douter, il y aura des gens de chez nous. C’est une constante de l’histoire économique : les travailleurs payent de leur emploi les crises qu’ils n’ont pas suscitées, et, ensuite, n’ont jamais droit qu’aux miettes d’une nouvelle croissance qu’ils ont générée.
Cette brutale crise économique nous a en tout cas donné quelques leçons et a rappelé quelques évidences. Tout d’abord, c’est la puissance publique, l’Etat, qui a été le dernier rempart de la déglingue générale. Cela doit être médité en ces temps budgétaires où certains imaginent à nouveau régler la question des finances publiques en réduisant encore le poids de l’Etat, par exemple en diminuant le nombre de fonctionnaires. Une démocratie forte et une économie prospère passent par un Etat solide doté d’outils de gestion performants.
Deuxième constat : ce sont les pays dotés des mécanismes de régulation sociale les plus rigoureux qui, jusqu’ici, ont le mieux résisté à la crise. Même si la récession a frappé partout, les pays les plus structurés socialement – Allemagne, pays scandinaves, pays du Benelux – apparaissent comme présentant des résultats moins calamiteux et comme ayant amorti au maximum l’impact social des mauvaises performances économiques. C’est une raison évidente pour maintenir ces mécanismes et donc pour s’opposer avec la plus grande fermeté à tous ceux qui prétexteraient des difficultés actuelles pour sabrer dans des systèmes certes plus coûteux, mais tellement efficaces pour les travailleurs.
Et cela nous amène à l’actuel débat sur les finances publiques. Les discussions, il faut le regretter, sont pour l’instant des combats de chiffres. On sent bien que l’austérité est le maître mot, et les débats s’orientent surtout sur la manière d’organiser cette austérité, et sur qui devra en supporter les conséquences. C’est une réflexion à court terme, et on doit le regretter. Personne ne met sur la table, aujourd’hui, les éléments qui permettraient de sortir de la crise par une reconstruction complète de nos mécanismes sociaux.
Ramenons au cœur des mois qui viennent nos propositions en matière de réaménagement du travail, de réorganisation des mécanismes de production et de rémunération du capital, de régulation des marchés et des structures économiques. Renouons avec nos revendications de réforme des structures. Les temps ont changé, et les recettes d’il y a cinquante ans ne sont certes plus applicables telles quelles aujourd’hui. Mais la méthode reste la même : remettre à plat tous les rapports économiques et sociaux, réactualiser nos analyses et proposer les fondements d’une autre société. Ambitieux ? Oui. Irréaliste ? Non. Je pense que les Métallos liégeois ont la capacité d’être un des moteurs de ce projet et je vous propose, cette année, d’y travailler. De nombreuses occasions, à tous les niveaux, nous en seront données.
Francis Gomez, Président de la FGTB Métal Liège-Luxembourg
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