La FEB prépare un nouveau hold-up !

Après la crise financière, après que l’Etat a renfloué le système bancaire, le monde du travail est convoqué à la caisse et le patronat prépare la facture...

Edito de Nico Cué, 9/07/2009.

Le scénario est cousu de fil blanc. Un remake de l’«anti-pacte contre la solidarité entre les générations». Les «experts» du gouvernement (du Bureau du Plan au Comité d’études sur le vieillissement) préparent le terrain. Fin du printemps, ils diffusent des perspectives alarmantes à faire pleurer dans les chaumières : «Vos pensions ? Mais on ne pourra pas les payer !» Et puis, au début de l’été, le grand Zorro surgit avec son «Master Plan», carabiné et outrancier. Et à l’automne, le Gouvernement annonce les orientations d’un pacte «anti-générations».

Nous sommes cinq ans plus tard, et c’est rebelote ! En 2004, nous avons perdu la bataille, en dépit de la dernière grande grève fédérale et interprofessionnelle. Et pourtant, « experts » et patrons nous expliquent aujourd’hui que leur victoire n’a rien réglé ! Nos pensions resteraient impayables ! Ils ont menti !

Après la crise financière, après que l’Etat a renfloué le système bancaire, le monde du travail est convoqué à la caisse et le patronat prépare la facture. Les travailleurs subissent les conséquences de la crise qui frappe aujourd’hui l’ensemble de l’économie par le chômage. Les patrons refusent de mettre la main au portefeuille et lorgnent sur le patrimoine social de la classe ouvrière. Nos pensions – qui sont pourtant les plus basses d’Europe – leur donnent des maux de ventre. L’assurance maladie serait trop généreuse. Et le chômage se mériterait !

Les épouvantails des savants gouvernementaux ont excité la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) qui vient de lâcher les chiens, sonner l’hallali et sortir l’artillerie lourde. Son projet est clair : puisque nous vieillirons ensemble, nous sommes priés de devenir pauvres !

L’agression vise les principaux secteurs de la sécurité sociale. L’ONEM d’abord. Le Comité supérieur de l’Emploi nous annonce des milliers de chômeurs en plus, mais ce qui intéresse le patronat, ce sont les emplois qui restent vacants. Va pour une nouvelle couche de «chasse aux chômeurs», pour les plus de 50 ans ? Oui, mais avec une dose supplémentaire d’outplacement privé !

Les soins de santé ensuite. La norme de croissance des dépenses du secteur devrait être revue. Elle doit s’adapter à l’évolution des recettes. Vu la situation, cessons donc d’être malades. Pas possible ? Réservons alors les soins à ceux qui peuvent se les payer …

Les pensions, enfin. Ici non plus, rien de neuf sous le soleil. Comme avec Sarko, travaillons plus. Mais ici, pas pour gagner plus… Maintenons au boulot les travailleurs âgés. Tant pis pour les jeunes…

Après que l’Etat se soit endetté pour sauver de la banqueroute des banquiers maladroits ou incompétents, alors que les travailleurs paient les pots cassés, pour renflouer les caisses publiques, il faudrait demain faire main basse sur l’épargne ouvrière. Elle a plusieurs formes. Celle qui passe déjà par les circuits bancaires (les salaires versés sur des comptes constituent de l’épargne jusqu’à leur… épuisement, l’épargne classique et les «placements»…). Et puis celle qui échappe à toute forme de capitalisation : la sécurité sociale qui structure des salaires différés…

Ces capitaux placés au départ des rémunérations dans les valeurs sûres de la solidarité sont libérés chaque fois qu’un accident de la vie survient (maladie, perte d’emploi, vieillesse…) sous forme de prestations sociales. On parle ici de répartitions entre actifs et inactifs, bien portants et malades, jeunes et vieux… Ces montants qui échappent à toute forme de spéculation représentent des masses importantes que le capitalisme entend reconquérir. En privatisant les soins de santé, en capitalisant les pensions, en réduisant les droits aux allocations de chômage. Nous ne permettrons pas ce nouveau hold-up !

Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB