Discours du 1er mai 2009, par Antonio Di Santo, Président de la FGTB Métal Hainaut-Namur
Edito de Antonio Di Santo, 7/05/2009.
Avant toute chose, permettez-moi de vous remercier très chaleureusement pour votre participation à ce 1er mai.
Votre présence nous fait chaud au cœur car, de mémoire de syndicaliste, il faut remonter très loin dans le temps pour retrouver une fête du travail se déroulant dans une période économique aussi morose.
Alors qu’il y a peu, la valeur de l’acier gonflait les bénéfices des grands groupes et laissait envisager des investissements pour renforcer et maintenir l’activité, force est de constater que la donne a malheureusement changé.
En moins de 12 mois, on est passé de la croissance à la récession. Les économistes n’hésitent plus à déclarer que cette crise est la plus importante depuis 1929. Les entreprises sont au bord de la rupture et les emplois foutent le camp.
On ne compte plus les plans de licenciements, les carnets de commande déprimants, les semaines et les mois de chômage économique. La barre des 300.000 personnes en chômage temporaire est largement dépassée.
Le patronat dans certaines circonstances n’a pas manqué de mettre une pression insupportable sur les travailleurs allant parfois jusqu’à imposer le temps partiel ou la prise de congé non sollicités. Et ils réclament aujourd’hui le chômage temporaire pour les employés.
Qui plus est, certains, encore plus cyniques, n’hésitent pas à profiter de la situation pour faire passer des plans sociaux qu’ils gardaient dans leurs cartons.
Et que dire de nos jeunes Camarades intérimaires ou n’ayant qu’un contrat à durée déterminée : ils ont été le plus souvent jetés comme de vulgaires kleenex au nom d’un capitalisme exacerbé !
Cinq pays sont actuellement en récession : le Portugal, l’Espagne, le Luxembourg, la Belgique et l’Irlande. L’Irlande qui, je le rappelle, était encore présentée il y a peu, comme l’exemple du capitalisme triomphant.
Parlons en, de ce capitalisme triomphant !
Où sont passés les bénéfices plantureux que les banques ont accumulés depuis des décennies ? Plus de traces quand il s’agit de combler les gouffres créés par une politique inhumaine de prêts hypothécaires aux Etats-Unis. Et pas question pour les fautifs de prendre leurs responsabilités ! Le recours massif aux capitaux publics fut la règle et c’est avec notre argent à nous les travailleurs que ces gourous de la finance ont renfloué leurs caisses pour aussitôt penser à octroyer des bonus ou parachutes dorés à des personnes virées pour incompétence !
On pouvait espérer que la leçon serait retenue mais, quelques mois plus tard, les mêmes dérives nous semblent encore possibles !
Tout cela doit cesser !
Il n’y a qu’un seul moyen de créer de la richesse, c’est le travail. Il y a par contre plusieurs façons de distribuer cette richesse et les travailleurs n’accepteront plus de se faire plumer. Le transfert de la plus grosse part du gâteau dans la poche des actionnaires et des patrons, nous ne l’accepterons plus !
On a voulu nous faire croire que le privé était plus efficace que le public et que le marché se régulait seul. Mais c’est vers l’Etat et nos impôts que l’on se tourne quand les banques se cassent la figure. Et ce sont encore nos impôts qui serviront à renflouer le déficit budgétaire de l’Etat.
Les travailleurs n’ont pas vocation à payer la facture d’une faute qu’ils n’ont pas commise.
Ce sont toujours les plus faibles qui souffrent le plus. Un certain patronat véreux a exploité, en toute impunité, des travailleurs étrangers dans des conditions inhumaines. Et ce sont ces malheureux sans-papiers qui sont sanctionnés maintenant en étant enfermés avec leurs enfants dans l’attente d’une expulsion. C’est une honte pour un Etat qui se dit démocratique : une solution digne et humaine doit être trouvée rapidement.
Et que penser du plan d’accompagnement des chômeurs. Les exclusions ont augmenté de 256% depuis l’instauration de cette chasse aux chômeurs ! On est passé de plus de 178.000 semaines d’exclusion en 2004 à plus de 456.000 semaines en 2008. Cette mesure est un recul social intolérable. Nous n’avons jamais arrêté de réclamer la suppression pure et simple de ce plan mais aujourd’hui il y a urgence car la crise économique a fait chuter le nombre d’emplois disponibles et augmenter la masse de chômeurs. Cette politique d’exclusion doit cesser : quand on exclut un chef de ménage c’est toute une famille qu’on condamne à la pauvreté !
Depuis des décennies, les libéraux ont voulu :
Et ça a marché ! Les riches sont devenus plus riches, les inégalités se sont creusées et la pauvreté a augmenté !
Les financiers s’en sont mis plein les poches et pour nous qui sommes les principaux actionnaires de l’Etat : quelle est la rétribution ? Le retour sur investissement, c’est quoi ? Une augmentation des impôts et un plan d’austérité !
Camarades, la crise du capitalisme est l’occasion de revoir un système qui a démontré ses limites. Nous devons travailler ensemble à une autre société où l’homme retrouvera la place centrale qu’il n’aurait jamais dû perdre.
Je me permets de rappeler ici un extrait de la Charte de Quaregnon : «Les richesses en général et spécialement les moyens de production doivent être considérés comme le patrimoine de l’humanité. Le droit à la jouissance de ce patrimoine par les individus ou par les groupes ne peut avoir d’autre fondement que l’utilité sociale et d’autre but que d’assurer à tout être humain la plus grande somme possible de liberté et de bien-être (…)».
Il est primordial de ne jamais s’écarter de cette déclaration. La crise du capitalisme est également l’occasion rêvée de discuter d’une réelle alternative sociétale, tout en luttant contre la perte d’emploi, la baisse du pouvoir d’achat et les dégradations des conditions de travail.
Nous ne devons pas rater l’opportunité de dire : STOP ! Arrêtez tout ! Tel est notre cri aux dirigeants politiques. Prenez vos responsabilités. Il est plus que temps de réguler les marchés financiers et d’être efficaces. Elaborez des règles strictes. Ne vous contentez pas de grands messes comme le G20, sanctionnez vraiment les pays servant de paradis fiscaux.
A ce propos, une anecdote n’a pas manqué de m’interpeller : la Belgique a été reprise au sommet de Londres sur une liste «grise» de paradis fiscaux. Serions-nous devenus un second Monaco où l’impôt sur le revenu s’apparente au monstre du Loch Ness et où les vedettes de cinéma et les sportifs inciviques ne manquent pas de se réfugier ?
Non ! On n’a rien compris !
L’attrait de notre pays est important pour les riches étrangers, comme les grosses fortunes françaises, par exemple.
Le Ministre des Finances y a d’ailleurs fortement contribué : le retard d’enrôlement se chiffre en milliards d’euros de rentrées fiscales. Mais ce bilan calamiteux n’a pas été sanctionné. Alors que des dirigeants de banques ont été limogés, notre Ministre des Finances s’accroche car il doit encore achever son œuvre destructrice.
Nous lui disons, aujourd’hui, partez Monsieur, les dégâts sont catastrophiques pour la grande majorité de la population ! Il est grand temps que ce portefeuille ministériel change de camp. Les familles politiques progressistes doivent prendre la main.
Pour nous, Camarades, rien de neuf sous le soleil ! Pression fiscale injuste, durs combats pour maintenir une sécurité sociale digne de ce nom et fin de mois de plus en plus difficile pour une part croissante de notre population.
La crise est bien là, profonde et angoissante. Toutes les forces vives de la société doivent s’unir pour que cette crise soit la plus courte possible. La responsabilité de notre monde politique en cette année d’élections régionales et européennes est grande.
Pourquoi nos élus ont-ils entamé leur crédibilité déjà mise à mal par des tours de passe-passe pour élaborer les listes électorales ? On n’a pas besoin de « people » ou de journalistes pensionnés pour ambitionner un grand projet politique. Quand on doit choisir entre manger ou se soigner que doit-on penser des voyages de fin de législature ?
Même si cela peut paraître dérisoire comparé aux 4,7 millions d’euros de parachute doré de Votron, la FGTB dit aux mandataires politiques : un peu de décence, messieurs ! Ne faites pas le berceau de l’extrême droite. Pensez bien que vous êtes placés là où vous êtes par la population pour la servir et pas pour en tirer profit.
Pour sortir de la crise, nous revendiquons la création d’un outil de financement public qui soit destiné exclusivement au développement économique de la région. Il faut également renforcer les outils existants qui, hier encore, étaient vilipendés par la droite qui les accusaient d’être trop frileux. Heureusement que leur gestion a été saine et pas kamikaze car ce sont les seuls actuellement à prêter de l’argent et à investir dans les entreprises. Au contraire des banques qui, en ne jouant pas leur rôle, sont en train d’asphyxier l’économie.
Les faillites vont doubler : de +/- 6.000 à 12.000 entraînant la perte de milliers d’emplois. On prévoit de 60.000 à 100.000 pertes d’emplois. Près de 20.000 sont déjà perdus aujourd’hui. Je constate que les patrons des PME sont plus forts pour profiter de la croissance que pour faire face à la récession ! Un besoin urgent de coaching est nécessaire et ce rôle peut être assumé par les outils d’investissements publics.
La sidérurgie, épine dorsale de la Wallonie, reste un pôle économique important. Un plan ambitieux est nécessaire pour assurer sa pérennité. De plus, des centaines d’entreprises sous-traitantes sont liées à ce pôle économique. Nous exigeons donc la tenue d’une table ronde afin de dégager les solutions nécessaires au maintien de ce secteur.
A un mois des élections, je vous invite, Camarades, à être attentifs aux projets de société qui nous sont proposés. Le 7 juin, le monde du travail doit se faire entendre et accorder son suffrage à ceux qui s’engagent à leurs côtés.
Les mêmes hommes se présentant à tous les niveaux de pouvoir, je me permets de vous rappeler également les gros dossiers qui sont sur la table du gouvernement fédéral : la sortie du nucléaire, le dérapage budgétaire, BHV, la réforme institutionnelle et les sans-papiers.
On a su baisser la TVA sur la restauration à 6% mais rien pour notre facture de gaz ou d’électricité. Croyez-vous qu’il soit plus important de gagner quelques euros pour un gueuleton que de pouvoir offrir un peu de confort à ses enfants en chauffant décemment son habitation ? La FGTB a choisi. C’est pour cela qu’elle a toujours revendiqué la baisse de la TVA sur l’énergie.
Camarades, la FGTB appelle à voter pour des partis démocratiques de gauche dont le programme sera en adéquation avec notre vision de la société et avec l’attente de nos affiliés.
Mais nous appelons à la vigilance : les partis démocratiques doivent mettre leurs actes en concordance avec leurs paroles, mener un travail de proximité et être davantage présents sur le terrain afin de lutter contre le sentiment d’abandon que ressentent les électeurs. Le manque de projets politiques neufs entraîne une perte de confiance et un désintérêt par rapport à la politique avec le risque de voir les électeurs se rallier à l’extrême droite.
Toutes nos revendications se doivent d’être entendues par le monde politique car il en va de sa crédibilité. Le citoyen est en droit d’attendre des mesures rapides, concrètes et efficaces et pas de vagues promesses électoralistes et irréalisables.
En ce qui concerne notre ville de Charleroi : nous en avons assez des beaux slogans, nous réclamons un réel projet de ville. Assez de palabres, il est temps de décider. Nous ne pouvons plus accepter que la sortie sud, par exemple, soit en stand by depuis plus de 40 ans, que le tronçon de la A54 qui nous relie à la France soit en discussion depuis 50 ans et qu’il faille attendre 2018 pour l’aménagement de la gare de Gosselies. Nous sommes confrontés à un paradoxe : alors que l’assainissement des friches industrielles datant des années 60 est une priorité depuis de trop nombreuses années, nous manquons de terrain à offrir aux investisseurs.
Soyons intransigeants, Camarades ! A la veille des élections, nous ne sommes pas là pour cautionner certains politiciens qui se moquent ouvertement de nous depuis des années. Nous ne sommes pas là, non plus, pour payer une crise que nous n’avons pas voulue. Nous ne tolérerons pas que notre outil de travail soit démantelé pour assurer les hauts salaires de quelques nantis.
Soyons fidèles à nos idéaux de justice sociale et de solidarité. C’est dans l’adversité que nous devons nous serrer les coudes et être plus que jamais unis. La crise est dure mais nous serons plus durs qu’elle ! Face à l’agression du patronat notre détermination est notre plus grand atout. L’époque n’incite pas à l’optimisme mais notre lutte puise ses sources dans plus d’un siècle de combat et une crise si profonde soit-elle ne pourra en venir à bout.
Nous allons organiser la riposte. Le monde économique doit assumer ses responsabilités. Il ne peut pas se contenter de pointer un doigt accusateur vers les financiers dont il a été complice. La population doit savoir que nous allons droit à la confrontation. Nous menons un combat existentiel pour nos enfants et nos petits-enfants. C’est l’affaire de tous.
La mobilisation doit être générale. C’est un choix de société qu’il faut poser. Je demande à toutes les forces sociales, syndicales, économiques, intellectuelles et citoyennes d’avoir cette prise de conscience et de l’exprimer. Retroussons nos manches, recréons la société telle que décrite dans la Charte de Quaregnon.
Une occasion de nous exprimer nous est donnée le 15 mai prochain lors de la manifestation européenne qui se tiendra à Bruxelles. Descendons nombreux dans la rue pour crier haut et fort que les travailleurs ne doivent pas payer la crise !
Camarades, les nombreux défis qui nous attendent nous amènent à être encore plus combatifs, soucieux de l’intérêt général, de la dignité des travailleurs et surtout et avant tout solidaires !
Vive le monde du travail ! Vive la FGTB !
Excellent 1er mai à tous !
Antonio Di Santo, Président de la FGTB Métal Hainaut-Namur